Balise


Balise
Bouteilles, cire, sceau, impression sur papier calque, documents photographiques.
Série illimitée.
2020.


« Quand irons-nous, par delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la superstition, adorer – les premiers ! – Noël sur la terre ! »
Arthur Rimbaud
Une saison en enfer.


Ce projet recycle chacune de mes bouteilles de vins consommées en « balises » qui se multiplient et circulent.
Contenant la question : « Et vous, que cherchez vous ? », intitulé choisit par l’écrivain René Daumal pour le dernier chapitre (jamais écrit) de son livre « Le Mont Analogue », ces récipients semblent rendre hommage et prolonger le désir de l’auteur en s’adressant aux lecteurs.
Un cachet de cire jaune au nom de René Daumal bouche chacune des bouteilles et nous renseigne sur l’identité de l’expéditeur du message.
Toute sa vie, l’écrivain n’a jamais cessé de chercher la vérité, de s’éveiller sans cesse, d’être en quête d’une certitude.
Déposées dans divers lieux et institutions, ces objets fonctionnent comme des « mystères » à destination d’inconnus.
Pour les initiés à l’œuvre de Daumal, ces « flacons » peuvent être compris comme étant des bouteilles à la mer en provenance de l’île où se situe le Mont Analogue, comme un clin d’œil à son deuxième ouvrage titré « la Grande beuverie » ainsi qu’aux expérimentions alcooliques et toxiques réalisées par l’auteur pendant la période qui précéda le Grand Jeu.
Avec où sans ces références, ce projet « soumet » le regardeur à la même problématique et le place face à cette question vertigineuse et donc face à lui même.

Et vous, que cherchez-vous ?
Le titre du dernier chapitre du Mont Analogue de René Daumal devait être.
Et vous, que cherchez-vous ?
« Meilleure question, plus troublante, mais plus féconde question que nombre de réponses toutes faites, questions qui sans le recours d’aucune procuration est posée finalement à chacun ; la considérer vraiment, c’est frapper l’être profond qui dort en nous, et cruellement, lucidement, prêter l’oreille au son qu’elle rend.
René Daumal, au terme de sa vie, bien qu’au seuil de sa recherche a déjà distingué ce qui sonne plein ou vide. On voudrait en savoir davantage, connaître le chemin, même interrompu, surtout parce qu’interrompu.
Le jalonnement, pourtant, a été donné dans une forme concise et exacte. Il se trouve exprimé en ces termes dans une des dernières lettres qu’il m’adressait, disant :
« Voici comment je me suis résumé ce que je voudrais faire comprendre à ceux qui travaillent ici avec moi :
« Je suis mort parce que je n’ai pas le désir,
Je n’ai pas le désir parce que je crois posséder,
Je crois posséder parce que je n’essaye pas de donner ;
Essayant de donner, on voit qu’on n’a rien,
Voyant qu’on a rien, on essaye de se donner,
Essayant de se donner, on voit qu’on est rien ,
Voyant qu’on est rien on désire devenir,
Désirant devenir, on vit ».

Vera Daumal.


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